CONTENU

AR-RADD AL JAMIL, AYYUHA'L-WALAD

Publications du Waqf Ikhlâs No: 5

  1-Ar-radd al Jamil

  2-Preambule

  3-Discussion Des Textes Evangeliques

  4-Les Theories Echafaudees Par Les Chretiens Et Leur Refutation

  5-Les Differentes Appellations Donnees A Jesus

  6-Discussion De Trois Arguments Des Chretiens

  7-L’emploi De La "Parole" Dans Le Coran

  8-Conclusion

  9-Transcription

10-Lexique

11-Lettre Au Disciple (Ayyuhal-Walad)

12-Au Nom D'Allah Clement Et Misericordieux

13-Conseil


VI — L’EMPLOI DE LA “PAROLE” DANS LE CORAN

Reste un mot qui a fait difficulté pour quelqu’un. Il a pensé en effet que partout où est employé le terme “la Parole”, il signifie exactement ce que les chrétiens sont convenus d’entendre, lorsqu’ils parlent de leurs Personnes divines. C’est cette interprétation qu’ils donnent au mot “parole” dans les passages où ce terme ne peut s’entendre su sens littéral, ce sens entraînant une pluralité d’essence (en Allah, le Très-Haut).

Illusion grossière et aveuglement qui lui ont fait croire que cette acception conventionnelle à propos de laquelle les chrétiens ont été amenés par la nécessité que nous avons mentionnée, à dire ce qu’ils ont dit, devait être la même pour les adeptes de n’importe quelle foi religieuse.

Il a cru ainsi trouver témoignage de la divinité de Hadrat Î’sa, dans le passage suivant du Kur’ân-al karîm:

Cor.
4.17

“O gens du Livre, n’exagérez pas dans votre foi et ne dites de Dieu que la Vérité. Le Messie, fils de Marie, n’est que l’Envoyé de Dieu et sa Parole qu’il a jetée en Marie, et un Esprit de Lui. Croyez donc en Dieu et en ses Envoyés [Prophètes] et ne dites pas: Ils sont trois! Finissez-en donc. Cela vaut mieux pour vous. Dieu est unique!”.

J’ai donc voulu arracher le voile qui recouvre cette difficulté afin que celui qui considère ce passage soit à l’abri des équivoques trompeuses. Je dis donc: “l’être engendré est produit par deux causes. L’une d’elles réside dans les testicules, et c’est l’une des deux catégories de la force génératrice. Par elle, le sang aboutit à un état qui le rend apte à recevoir la force vitale de Celui qui donne les Formes, l’autre cause est la force contenu dans le sperme quand il passe dans l’utérus et que se trouvent réalisées pour lui les autres conditions, c’est-à-dire qu’il soit lui-même un liquide abondant, sain et vigoureux, ni altéré ni alangui, que l’utérus d’autre part, soit aussi sans infirmité et qu’il ne survienne à la femme après le rapprochement, aucune secousse violente qui puisse provoquer la chute du sperme hors de son sein. Le sperme se trouve alors disposé pour recevoir de celui qui dispense les Formes, la force informante. Sous son influence, les membres viennent-ils à se constituer, nous avons alors production de la forme “membrale”, et corruption de la forme “spermatique”. Le sujet est alors apte à recevoir l’esprit, de celui qui le dispense.

Telle est la cause ordinaire qui intervient dans la constitution de tout être engendré. Ceci admis, nous disons: toute chose a une cause prochaine et une cause lointaine. Le plus souvent on la rapporte à sa cause prochaine. On dit ainsi à la vue des prairies verdoyantes: Regardez l’oeuvre de pluie. Alors que c’est Allah, le Très-Haut, qui en est le Créateur véritable. Et si l’on voit des plantes vigoureuses sur un terrain aride et dur alors que le soleil est dans la constellation du Lion (au fort de l’été), on dit: Regardez l’oeuvre d’Allahu ta’âlâ! On mentionne ainsi la cause véritable, en l’absence de la cause courante.

Ces deux principes mis en évidence, nous disons: En ce qui concerne Hadrat Î’sa, l’absence de cause prochaine nous est révélée par des indices certains. Aussi sa formation a-t-elle été rapportée à la cause éloignée qui est la Parole, car chacun est créé par la Parole d’Allah par laquelle il dit à tout être créé: “Sois” et il est aussitôt. C’est pourquoi on l’a dit de Î’sa aleihissalâm afin d’indiquer l’absence de la cause prachaine courante, et qu’il a été formé par la Parole “Sois”, sans l’intervention de sperme auquel on puisse rapporter sa formation, comme nous l’avons dit.

Le Kur’ân-al karîm a encore expliqué cela en ajoutant: “Qu’IL a jeté dans Marie”, signifiant ainsi, que l’enfant se forme par le sperme jetée dans le sein de la mère et cet être engendré n’a été créé que par la Parole jetée dans le sein de sa Mère. Et cette Parole, c’est l’ordre de se consituer. Elle n’est donc “jetée” que d’une manière métaphorique.


Cor.
4.17

 

 

Q.
3.58

 

Q.
4.171

Quelque chose de semblable est aussi rapporté d’Adam aleihissalâm, car tous deux ont ceci de commun qu’ils n’ont pas été formés par les causes ordinaires. Allahu ta’âlâ dit et effet dans le Kur’ân-al karîm: “Qu’est-ce qui t’a empêché de te prosterner et d’adorer quand tu fus créé de mes mains?” Or Allah n’a point de main. Mais le sens en est: “Je l’ai créé par ma puissance”, pour indiquer qu’il n’a pas été formé de sperme, mais bien par sa puissance, montrant ainsi l’absence de la cause ordinaire. Et quand la cause ordinaire vient à manquer, l’effet est rapporté à la cause éloignée, qui se trouve assimilée à la cause réelle qui est alors la Parole d’Allah, le Très-Haut.

Ce rapprochement se trouve ailleurs clairement exprimé, quand IL est dit: “Il en est de Hadrat Î’sa, chez Allah, comme d’Adam aleihissalâm qu’IL a tiré de la poussière et auquel IL dit ensuite: “Sois! et il fut. De même ses paroles: “Et un Esprit de Lui”, c’est-à-dire c’est un esprit dont la formation provient (directement) de Lui sans l’intervention des causes ordinaires auxquelles on rapporte d’habitude l’effet produit. L’expression “de Lui” qui exprime une relation, joue ici le rôle de simple attribut à l’égard de “esprit” (c’est-à-dire n’a pas un sens possessif, mais un sens de provenance) (Explication grammaticale difficilement transposable. Ghazalî veut dire que “un esprit de Lui”, veut dire simplement “un esprit créé par Lui (Allahu ta’âlâ)” et non pas “l’esprit d’Allahu ta’âlâ”.).

Si l’on objecte: votre argument vaut si c’est la Parole qui est ici vraiment cause, et ici la Parole est vraiment cause, si la proposition est conforme aux lois qui régissent en arabe la protase et l’apodose dans une phrase de sens conditionnel. Or, il ne peut s’agir ici de la proposition conditionnelle, car cela entraînerait l’idendité de la cause et de son effet.

Al Farisi dit en effet à ce propos: “s’il était admis qu’on eût là l’apodose d’une proposition conditionnelle, l’expression “Kun fa yakun” serait assimilée à la manière de parler de celui qui dirait: “Va-t-en, afin que tu t’en ailles!”, Or cela ne peut être, car le sens serait alors, en ramenant à la forme régulière de la proposition conditionnelle: “Si tu es, tu es” et “si tu pars, tu pars”. Cause et effet seraient ainsi identiquement les mêmes. Et c’est pourquoi les lecteurs du Kur’an al karîm se sont accordés à mettre le verbe à l’indicatif (ar-rafo) (et non au subjonctif)


 


Q.
36.82

Q.
16.40

 

 

 

 

 

Q.
12.109

 

 

 



Q.
22.46

“Quant à Al Kisai, poursuit-il, n‘a suivi la kýraat(Récitation du Kur’ân-al karîm.) de Ibn ‘Amer en ce qui concerne la partie du verset précédent dont on a tiré argument (c.-à-d. kun fa yakûna), que pour ce qui pouvait être mis au subjonctif (intisab) non en qualité de subordonnée conditionnelle, mais de coordonnée (‘atf) à un verbe précédent déjà subjonctif. D’ailleurs Kisai ne se trouve d’accord (avec Ibn ‘Amer) que pour deux versets. Le premier c’est la déclaration du Kur’ân-al karîm: “Quand IL désire quelque chose, sa manière de commander est qu’IL lui dise: Sois! et qu’elle soit”. Le second cas c’est la déclaration divine: “Quand nous désirons quelque chose, notre manière de lui commander est que nous disions: Soit! et qu’elle soit”. Or s’il n’est pas permis de considérer comme conditionnelle ce qui vient d’être lu, qu’on l’entende à l’indicatif ou au subjonctif (c.-à-d. fa yakûna ou fa yakûnu), l’argument tiré de ce verset tombe, et on ne peut plus voir dans la Parole une vraie cause”.

Je réponds: Allahu taâlâ daigne m’assister! Que cette dispute est bien étrange. Les maîtres de la langue arabe emploient les subordonnées en considérant tantôt leur signification et tantôt la seule construction grammaticale des mots, abstraction faite de la signification. Un exemple nous est donné dans la parole divine: “Ne vont-ils pas de par la terre pour qu’ils voient!”. L’emploi de la suburdonnée se trouve ici dépendre de la forme interrogative de l’expression sans tenir compte de son sens. Ce sens est en fait: “Ils ont été de par le monde et ils ont vu” et il n’y a là que la simple énonciation d’un fait qui n’a rien à voir avec l’interrogation. Si l’on objecte: la particule fa’ est ici particule de coordination (et non pas causale), parce qu’elle est susceptible, en fait avec l’apocope du noun (i.e. avec le verbe au subjonctif), d’introdire aussi bien une coordonée qu’une subordonnée, de quel droit prétend-on alors, dans cette hypothèse, la limiter ici à la seule fonction d’introduire une subordonnée? Cette objection trouve sa réfutation dans un exemple où, sans doute possible, il s’agit d’une subordination purement verbale; quand le Kur’ân-al karîm dit: “Ne vont-ils pas par la terre afin qu’ils aient un coeur!”.

Cela établi, le cas qui nous intéresse se ramène à la règle ci-dessus et la subordonnée y affecte une forme impérative, sans en prendre le sens toutefois. Sibawayhi a dit à ce sujet: “On a comparé le rapport de l’objet commandé à la forme impérative du verbe dans le langage courant, au rapport de la chose accomplie à la puissance qui la réalise”. Les gens du commun croient en effet que si quelqu’un commande à un autre de se lever et que son commandement procure ce résultat chez lui, l’action de se lever est causée par la forme impérative du verbe, et c’est cette forme qui est la cause de l’action, alors qu’en réalité cela est causé par la volonté que la forme impérative a manifestée. La preuve en est que si un maître commande quelque chose à son serviteur et que le serviteur sache qu’en réalité son maître ne désire pas qu’il fasse ce qu’il lui a ordonné, vient-il à le faire, il sera considéré comme ayant désobéi à son maître et digne d’être blâmé par lui. Ainsi il y a deux causes de ce qui est commandé: l’une réelle, la volonté, et c’est la cause éloignée; l’autre, dans l’usage courant, est la forme impérative du verbe qui manifeste la volonté. On revient ainsi à la même règle grammaticale qui réfère la proposition à sa cause prochaine.


 

 

 

 

 

Q.2
117 et
40-68

 

Q.
22-46

Il est donc établi par ce que nous avons dit, que les gens du commun considèrent uniquement le mot qui sert à exprimer l’ordre et lui rapportent le fond du jugement et ils considèrent enfin ce qui lui succède, comme un effet produit par lui, en dépit de l’existence de causes réelles mais plus éloignées. C’est cela même que nous avons montré dès le début. Cette difficulté a sa source dans la constitution grammaticale de la langue arabe. Il nous a été possible de la résoudre en la ramenant aux règles qui régissent la langue. De cette manière, la difficulté proposée tombe sans conteste, ainsi que l’illusion de ceux qui croient que la leçon adoptée par Ibn ‘Amer, pour les cas où la particule fa’ est prise uniquement comme servant à introduire une subordonnée, est difficile à ramener aux principes de la langue arabe et à ses règles, comme dans la déclaration du Kur’ân-al karîm: “Allah quand IL décide quelque chose, s’exprime en lui disant: Soit! et elle est”, et dans les autres passages semblables où Ibn ‘Amer a été seul à maintenir la lecture du verbe au subjonctif (mansuban). Mais les lecteurs (du Kur’ân-al karîm) sont bien obligés d’en arriver là eux aussi pour le texte de la déclaration divine: “Ne vont-ils par la terre, afin qu’ils aient un coeur!” Il n’y a pas d’autre raison pour eux de s’accorder sur le subjonctif et de faire du fa’ une particule de subordination, si ce n’est en la référant à la seule forme interrogative, prise comme telle et sans égard à sa signification vraie, comme nous l’avons déjà exposé.

Ainsi, grâce à cette interprétation et aux conséquences logiques de notre argumentation, il ne subsiste plus aucune difficulté au sujet de Ibn ‘Amer!

Que le lecteur considère donc l’excellence de cette analyse grammaticale et de ces choses curieuses, et qu’il glorifie cette religion de Muhammad [Paix et bénédiction soient sur lui] apuyée sur le Prophète le plus disert dans sa parole et le plus pénétrant dans son argumentation. Elle offre dans ce qu’elle exprime toutes sortes de merveilles et dans ce qu’elle tait toutes sortes de raretés. Et qu’il s’étonne de voir un groupe de gens se cramponner à un passage de cette sorte qui serait cependant si claire à comprendre et à interpréter!

VII — CONCLUSION

Nous avons terminé notre tâche et nous avons rempli notre promesse, de montrer que les passages (scripturaires) n’indiquaient pas la divinité de Hadrat Î’sa et n’étaient pas à prendre dans un sens que réprouve la saine raison, et de concilier ce qu’ils croient être inconciliable, cherchant en tout cela la Face d’Allah, le Trés-Haut. Que ce Dieu nous mette parmi ceux qui se conduisent à la lumière de ses conseils et qui sont préservés de toute faute dans leurs paroles et leurs actions, grâce à son assistance favorable, à sa sollicitude ainsi qu’à la miséricorde qu’IL a témoignée à la meilleure de ses créatures, à Muhammad aleihissalâm, à sa famille et à ses familiers.

TRANSCRIPTION

Des difficultés d’impression ne nous ont pas permis d’adopter des caractères spéciaux de transcription pour les noms arabes. Nous avons donc dû adopter la transcription simplifiée qui suit. Nous nous en excusons et nous avons tâché de suppléer à cette lacune en utilisant directement les caractères arabes là où une confusion était possible.

d

a

Harf1.gif (46 bytes)

t

b

z

t

th

gh

j

f

h

Harf6.gif (71 bytes)

g

kh

Harf7.gif (75 bytes)

k

d

l

dh

m

r

n

z

h

s

w

sh

y

ç

LEXIQUE

Nous avons classé ci-dessous quelques termes techniques en usage dans le Radd, l’équivalent que nous en donnons diffère parfois de celui de notre traduction où il a fallu tenir compte davantage du contexte.

Les renvois sont faits au texte arabe. Bien entendu, nous ne les avons pas épuisés et nous sommes-nous contentés des principaux passages.

     

     

épreuve

les justes

union

saine raison

acquisition (d’un attribut)

attributs

établissement
(d’un attribut)

les formes

supposition, hypothèse

     

caractères et attributs

sens littéral
sens obvie

mélange

     

l’éternité (ab ante)

langage courant

principe

rempart de la piété


les relations (les rapports  et)

cause, raison, aspect

aspects


généralité
acception totale

conséquence logique

protection

compénétration


accidents

épreuve (tentation)

—nécessaires

possibilité logique

—distinctifs

homme universel

     

homme individuel

cas particulier

épaississement,  formation

juriste

saints


   Harf21.gif (870 bytes)  

signes


existant dans,
se trouvant dans


nécessité

règle, doctrine

   Harf2.gif (863 bytes)  

éternel

éternel, non corruptible


puissance censitive

humeur

force vitale

      

—transformante

relation



—informante

hypothèse

—génératrice

épaississement

analogie

interprétation

syllogisme

emploi métaphorique

     

de gouvernement


les prodiges (qui sont au pouvoir) des saints


composition

les choses universelles (et les individuelles)


morale

l’homme universel


par mélange

génération et corruption

par compénétration

     

par juxtaposition

Il s’ensuit logiquement s’imposer logiquement

comparaison

qui s’impose logiquement

imploration

effets nécessaires ou inséparables propriétés essentielles

impossibilité

effets inséparables et causes nécessaires, déterminés et déterminants, tenants et aboutissants


      

     

(les attributs) qu’il  possède


circonscrit dans un lieu

     

juxtaposition


membre, organe d’appréhension

métaphore

partie

équivoque

la qualité de partie

notes individuantes

les êtres particuliers individuels


pétition de principe


conciliation logique

qui justifie


sens (de la métaphore)

moral


     

courant, habituel

qui habite, qui demeure dans,

altérité

qui vit dans un corps

distinction, identité

habitation de Dieu

distinctifs


survenir, contingere

constitutives

produit dans le temps

établi, indiscutable

créée (union)

acquise

contingence

causes ou antécédents nécessaires

nature

habitude

substance

le possible

sens propre

contingent

en définition et en réalité

fondement du jugement ou de l’affirmation

3me substance

séparé
dépourvu de
indépendant de

sens littéral

le créateur des êtres

lois, conditions

douée d’attributs

habitation divine dans l’âme

le substrat


circonscrit
dans un lieu

     

     

relation

privilège particulier
particularité

—générale

contradiction

—limitée

prodiges extraordinaires

les rapports et les relations


     

     

notes essentielles

le nécessaire

     

l’Etre Nécessaire

maître

d’existence nécessaire

     

contingent

cause

existence

cause prochaine

pure existence

—lontaine

les réalités existantes


—habituelle

unicité

grâce parole intérieure, secret

Unité avec Dieu


     

union divine
-Inspiration divine

indice

exclusivité

équivoque

ce qui est posé à l’origine nature

obscurité

étymologie (cf. = substrat)

     

preuves apodictiques


COLLECTION UNESCO D’OEUVRES

REPRESENTATIVES

AL-GAZÂLÎ

LETTRE AU DISCIPLE

Traduction française

PAR

TOUFIC SABBAGH

 

 

 

COMMISSION INTERNATIONALE

POUR LA TRADUCTION DES CHEFS-D’OEUVRE

 

BEYROUTH

1959

 

 

AU NOM D’ALLAH CLEMENT ET MISERICORDIEUX

Louange à Allah, le Très-Haut, Maître des Mondes; Fin heureuse à ceux qui Le révèrent; Bénédiction et Paix sur son Prophète Muhammad [Paix et bénédiction soient sur lui] ainsi que sur toute sa Famille.

Sache, lecteur, qu’un ancien étudiant qui avait été au service assidu du Cheikh, l’Imâm, Ornement de la religion, Preuve de l’Islâm, Abû Hâmid Muhammad al-Gazâlî (“Rahmatullahi aleih” [Miséricorde d'Allah, le Très-Haut soit sur lui].); qui avait étudié les sciences religieuses auprès de ce maître, réuni les détails des sciences et poussé à la perfection les vertus de l’âme, méditant un jour sur son état, eut l’idée suivante: “J’ai étudié, dit-il, diverses sciences et j’ai passé la fleur de mon âge à les apprendre et à les recueillir; maintenant, il me faut savoir laquelle d’entre elles sera utile demain pour m’assister dans la tombe; quant à celles qui me seront inutiles, je les abandonnerai comme a dit le Messager d’Allah [Sallallahu aleihi wasallâm]: “Mon Allah, protège-moi contre toute science inutile”.

Cette idée l’obséda et le détermina à écrire à son excellence le Cheikh, Preuve de l’Islâm, Muhammad al-Gazâlî; il lui demanda conseil pour se diriger, lui posa certaines questions et la supplia de lui écrire une prière à réciter à des heures déterminées et il ajouta: “Les ouvrages du Cheikh, l’Imâm, tel “Ihyâ-ul-Ulûm-id-dîn” [La Régéneration des sciences religieuses] (On peut aussi traduire par: “la vivification des sciences religieuses”: c’est le principal ouvrage d’al-Gazâlî parmi ceux qui s’adressent au grand public. Cet important et célèbre ouvrage est l’expression la plus claire et la plus adéquate de la crovance Ahl-i Sunna (sunnite) de l’Islâm. Il est fondé sur la révélation (le Coran, Kur’ân-al karîm) la Tradition et sur le sentiment même de la piété, non sur la théologie dialectique; et il s’adresse à la généralité des croyants. Il est composé avec un très grand art, partagé en quatre quarts contenant chacun 10 livres ou traités spéciaux.
Le premier quart a pour objet les pratiques religieuses essentielles: la pureté légale, les ablutions rituelles, la prière, l’aumône, le jeûne, le pèlerinage, la lecture ou la récitation du Coran, son explication, les heures canoniques. Au début sont deux traités sur la science et sur las fondements de la foi.
Le second quart a pour objet les bonnes moeurs: dans la nourriture, la mariage, le commerce, les affaires, les voyages. Il contient aussi des traités sur l’amitié et la fraternité, la retraite et la vie solitaire, le licite et l’illicite, l’audition de la musique et des chants; il est terminé par des exemples tirés de la vie du Hadrat le Prophète.
Les deux autres quarts, plus étendus que les deux précédents, sont consacrés à la mystique et à sa morale: le troisième quart, la partie négative de cette morale; le quatrième, la partie positive, ou: ce qui perd et ce qui sauve. La partie négative roule sur la correction des moeurs, le refrènement des appétits de la chair, les dangers de la langue, et contient des traités contre la colère, la haine, l’envie, l’avarice, l’amour de l’argent, contre l’orgueil, l’amour de la gloire et des honneurs. Enfin les livres de la partie positive portent des titres qui sont des noms d’états mystiques: le repentir, la patience et la reconnaissance, la crainte et l’espérance, la pauvreté et l’ascétisme, l’amour et le désir, la familiarité et la satisfaction avec Allah et l’abandon à Allah. Les derniers livres sont sur la mort, la résurrection et les états de l’au-delà.
Al-Gazâlî renvoie bien souvent dans la Lettre au Disciple [“Ayyuhal Walad”] la Régénération. C’est pourquoi nous en avons donné cette courte analyse.
)
et autres renferment les réponses à mes sollicitations; cependant, je souhaite vivement que le Cheikh résume ce dont j’ai besoin, en quelques feuillets qui m’accompagneront ma vie durant et dont j’observerai les conseils tant que je serai en vie, si Allahu ta’âlâ le veut”.

Le Cheikh écrivit la lettre suivante en guise de réponse:

Sache, ô jeune homme qui m’aimes et que j’aime —qu’Allahu ta’âlâ prolonge ta vie par la soumission que tu Lui témoignes et qu’IL te conduise dans la voie de ses bien-aimés —que les préceptes les meilleurs le tirent de la mission même du Prophète. Si déjà tu en as tiré une leçon, quel intérêt prendras-tu à la mienne? Mais si, au contraire, tu n’en as rien tiré, qu’as - tu donc appris, dis-le moi, durant tant d’années?

Mon fils! Parmi les conseils donnés par le Prophète d’Allah à ses Compagnons (Ashâb-ý kirâm), on trouve cette sentence: “Lorsqu’un homme a l’esprit préoccupé de soucis sans importance pour lui, c’est le signe que le Très Haut abandonne son serviteur. Celui qui perd une heure de son existence en des recherches pour lequelles il n’a pas été créé mérite qu’Allahu ta’âlâ prolonge ses regrets au jour de la Résurrection. Celui qui dépasse la quarantaine sans que ses bonnes actions ne l’emportent sur les mauvaises, celui-là doit attendre le feu de l’Enfer. A bon entendeur salut!”

Mon fils! le conseil est aisé à donner mais difficile à suivre: il est amer au goût de ceux qui suivent leurs caprices; car les choses défendues sont douces à leur coeur. Je vise, en particulier, ceux d’entre eux qui aspirent à l’étude de la science formelle et se soucient des mérites de l’âme et des voies de ce monde. Ils croient que leur salut dépendra de leur science abstraite, et qu’ils peuvent se passer d’agir. C’est là l’opinion des philosophes. Gloire à Allahu ta’âlâ: ces esprits abusés ignorent que, s’ils n’appliquent pas leur science, elle sera sans aucun doute invoquée contre eux, comme l’a dit le Prophète aleihissalâm: “Le pire supplice, au jour de la résurrection, sera celui du savant à qui Allahu ta’âlâ n’aura pas permis de profiter de sa science”.

On raconte que Gunayd (Abû al-Qâsim, le surnom de Junayd al-Baghdâdî, savant et Walî (Saint), décédé en 910.), après sa mort, apparut en songe à quelqu’un. On lui dit: “Quelle nouvelle, ô Abû al-Qâsim?” Il répondit: “Les belles phrases ont été vaines et les formules mystérieuses se sont avérées stériles; rien ne nous a été utile que les quelques prières rituelles accomplies au sein même de la nuit”.

Mon fils! Ne sois pas avare d’actes vertueux ni d’états mystiques, et sois sûr que la science théorique n’apporte aucune aide. En voici un exemple: Qu’un homme au désert porte dix sabres hindous et d’autres armes encore, qu’il soit brave et combatif, qu’un lion redoutable vienne à l’attaquer, crois-tu que ces armes écarteraient le danger s’il ne s’en sert pour frapper le lion? Et, bien sûr, elles ne repousseront pas le danger si l’homme ne les saisit et ne les brandit pour frapper. Ainsi l’intellectuel qui lit cent mille problèmes scientifiques et les apprend par coeur, sans les mettre en pratique! Il n’en tire de profit que par l’exercice. Autre exemple: Le malade atteint de fièvre et de jaunisse; son traitement doit se faire par l’oxymel (Sikanjabine: mot persan d’un remède désignant un breuvage composé d’eau, de miel ou de sucre et de vinaigre.) et par l’infusion d’orge. La guérison ne s’obtient qu’en employant ces deux médicaments.

En effet:

“Tu as mille remèdes: c’est en vain...

N’est utile que celui qui en prend enfin!” (4bis=(4 bis) Vers en persan dans le texte.)

Etudierais-tu, pendant cent ans, dans mille livres, que seuls tes actes te disposeraient à la miséricorde divine. Car Lui le Très Grand a dit: “Qu’on ne comptera à l’homme que ses propres actes” (Coran, LIII, 40.). “Celui qui espère se rencontrer avec son Seigneur, qu’il fasse oeuvre pie” (Coran, XVIII, 110.) “En punition de leurs actes” (Coran, IX, 83, 96). “Les Croyants qui pratiquent le bien auront le paradis pour séjour. Séjour éternel qu’ils ne voudront échanger contre aucun autre” (Coran, XVIII, 107.). “D’autres générations les suivirent. Elles délaissèrent la prière pour s’abandonner à leurs penchants. Un triste destin leur est réservé. Exception sera faite pour ceux qui se repentiront, croiront et pratiqueront les bonnes oeuvres. Pour ceux-là, ils entreront en paradis et ne seront frustrés d’aucun de leurs mérites” (Coran, XIX, 60-61.)

Que dis-tu de cette tradition: (Hadîth = Tradition. Ce mot signifie d’abord une communication ou un récit en général, de nature profane ou religieuse, puis en particulier “une information relative aux actes ou aux paroles du Hadrat le Prophète Muhammad aleihissalâm”. C’est dans ce dernier sens qu’il est employé dans ce texte. Cf. Encyc. de l’Islâm II, 201.) L’Islâm est bâti sur cinq fondements:

Attester qu’il n’y a pas d’autre divinité qu’Allah et que Muhammad aleihissalâm est le prophète d’Allah, prier, faire l’aumône, jeûner le mois de Ramadân, accomplir le pèlerinage à la Mecque pour ceux qui en ont la possibilité.

La Foi, c’est en même temps le verbe, la sincérité et les oeuvres. Les preuves de l’importance des oeuvres sont innombrables. L’homme atteint, sans doute, le paradis par la grâce et la générosité d’Allahu ta’âlâ, mais il l’atteint aussi après s’être préparé par son obéissance et son adoration, car “la miséricorde d’Allah est proche de ceux qui font le bien” (Coran, VII, 54.). Si l’on dit: “L’homme arrive aussi au paradis par la foi seule”, nous répondons: “Oui, mais quand? et que de difficiles obstacles doit-il surmonter avant d’arriver au but! Le premier de ces obstacles est celui de la foi elle-même; arrivera-t-il au paradis avec cette foi? ne lui sera-t-elle pas ravie avant qu’il n’y entre? Et s’il est conduit au paradis, il sera un élu déçu et pauvre”. Al-Hasan al-Basrî (Walî (Saint) et théologien célèbre du premier siècle de l’hégire (642-728). Cf. Encycl. de l’Islâm, II, 290. On appelle ce grand savant Islamique Tabi’în parce qu’il vecut à l’époque des Compagnons (Ashâb-ý kiram) de Muhammad aleihissalâm.) dit: “Allahu ta’âlâ dit à ses serviteurs au jour de la résurrection: ô mes serviteurs, entrez au paradis par la grâce de ma miséricorde et partagez-en les degrés entre vous, selon vos actions”.

Mon fils, tant que tu ne pratiqueras pas le bien, tu ne trouveras pas de récompense. On raconte qu’un Israélite adora Allahu ta’âlâ durant soixante-dix ans. Allahu ta’âlâ voulut faire connaître ce cas aux anges. Il lui en envoya un pour lui dire qu’il ne méritait pas le paradis malgré cette longue adoration. Le message transmis, l’adorateur répondit: “Nous avons été créés pour l’adoration; il nous faut adorer”. L’ange, de retour, dit: “Mon Allah tu connais mieux que moi sa réponse”. Et Allahu ta’âlâ alors: “S’il ne cesse pas de Nous adorer, Nous ne cesserons non plus de le combler de Nos grâces. Je lui ai déjà pardonné ses fautes, vous en êtes témoins, ô mes anges!”

Le Prophète d’Allah dit: “Demandez-vous des comptes à vous-mêmes avant qu’on ne vous en demande et pesez vos actions avant qu’on ne vous les pèse”. ‘Alî (‘Alî, fils d’Abû Tâlib, cousin et gendre du Hadrat le Prophète Muhammad alehissalâm, IVème Calife ahl-i Sunna (décédé en 61 = 40 de l’hégire). Il était âgé de 63 ans. ) dit: “Celui qui croit toucher au but sans effort est un homme de désir; et celui qui ne compte que sur l’effort fait acte de présomption”.

Al-Hasan al-Basrî dit: “Aspirer au paradis sans accomplir de bonnes actions est un grand péché”. Il dit aussi: “Le signe distinctif de la vérité, c’est d’oublier la récompense promise aux bonnes actions, sans en abandonner la pratique”. Hadrat Muhammad (aleihissalâm) dit: “L’homme intelligent se juge sévèrement et travaille pour l’autre vie; le sot suit les caprices de sa fantaisie et compte sur Allahu ta’âlâ pour réaliser ses espoirs!”

Mon fils! Que de nuits tu as passées en études, te privant de sommeil; je ne sais quel était ton but. Si c’était pour ce bas monde, pour ses biens, pour ses dignités et pour t’en vanter devant tes égaux et tes semblables, alors malheur à toi, oui malheur à toi! Si, par contre, ton intention était de vivifier la loi du Hadrat Prophète, de former ton caractère, de soumettre ton âme portée au mal, tu es alors bienheureux, oui, tu es bienheureux. Il a dit vrai celui qui a écrit:

“Les yeux veillent en vain toute autre que Ta Face;

En vain coulent les pleurs pour un autre que Toi”.

Choisis, mon fils, la durée de ta vie: tu mourras; l’objet de ton amour: tu le perdras; d’agir comme il te plaît; Allah te rétribuera.

Mon fils! A quoi bon tant d’études, théologie, logique, médecine, rhétorique, poésie, astronomie, prosodie, syntaxe, morphologie, si c’est du temps perd en désaccord avec Allah?

J’ai trouvé ceci dans l’Evangile de Hadrat Î’sâ (En réalité ce sont des paroles de l’Evangile original.): “Entre l’instant où la mort est mis dans le cercueil et celui où on la dépose sur le bord de la tombe, Allah, par sa Grandeur, lui pose quarante questions dont la première est celle-ci: “Tu t’es montré, ô mon serviteur, très pur aux yeux des créatures durant bien des années. Mais cette pureté, tu ne me l’as pas montrée, non, pas même une heure”; et, pourtant, chaque jour Allah regarde dans ton coeur et dit: “Que de soucis tu te donnes pour les autres quand tu es comblé de mes bienfaits! Mais toi, tu es sourd et tu n’entend pas”!

Mon fils! Connaissance sans pratique est folie! Pratique sans connaissance, inutilité. Sache que si la science ne t’éloigne pas aujourd’hui des choses défendues et ne t’invite pas à la soumission, elle ne te gardera pas davantage demain du feu de l’Enfer. Ne mets pas en pratique tes connaissances aujourd’hui et tu diras demain au jour de la Résurrection, si tu n’es pas parvenu à rattraper les jours passés: “Laisse-nous retourner sur terre. Nous y ferons le bien” (Coran, XXXII, 12.). On te dira: “Imbécile, mais tu en viens!”

Mon fils! affermis ton esprit, déroute ton âme et mortifie ton corps, car la tombe est la demeure et le peuple des cimetières t’attend. Garde-toi bien d’arriver chez eux sans viatique. Abû Bakr as-Siddîq (Premier Calife de Muhammad aleihissalâm (décédé en 634 = 13 de l’hégire). il était agé de 63 ans.) dit: “Les corps sont une cage ou une étable: Demande-toi ce qu’est le tien. Si tu es du nombre des oiseaux célestes, quand tu entendras battre le tambour qui te rappellera à ton Seigneur, tu t’envoleras à tire d’ailes jusqu’au plus haut degré du Paradis; comme le Prophète a dit: “Le trône du Clément a tremblé à la mort de Sa ‘d bin Mu’az (Il mourut par suite des blessuers reçues à la bataille du Fossé de Médine, l’an 5 de l’hégire.)”. Par contre, malheur à toi, si tu es du nombre des bestiaux, suivant la parole du Tout-Puissant: “Ceux-là sont comme des bêtes. Que dis-je, ils sont plus égarés encore” (Coran, VII, 178. Cf. aussi Coran, XXV, 46.).

Ne crois donc pas être en sûreté lors de ton passage du fond de la maison terrestre au fond de l’abîme du Feu. — On raconte qu’Al-Hasan al-Basrî a demandé un jour un verre d’eau fraîche; lorsqu’il eut saisi le verre, il perdit connaissance et le verre tomba. Ranimé, on lui dit: “Qu’as-tu ô Abû Sa’îd?” Il répondit: “Je me suis rappelé le désir des habitants de l’Enfer lorsqu’ils crient à ceux du Paradis: “Répandez sur nous un peu d’eau, ou un peu de vos joies célestes!”

Mon fils! s’il te suffisait d’avoir la science abstraite, sans les oeuvres, la voix divine irait crier en vain: “Y a-t-il quelqu’un qui appelle, qui implore, qui se repent?” On raconte qu’un groupe de Compagnons du Raçoûlullah cita le nom d’Abdallah Bin ‘Omar (Coran, VII, 48.) devant Hadrat le Prophète, qui dit? “Ce serait un excellent homme s’il priait la nuit”. Il dit aussi à l’un de ses Compagnons: “Ami, ne dors pas trop la nuit, car celui qui dort trop la nuit se retrouve démuni le jour de la Résurrection!”

Mon fils! “Récite le Coran, la nuit. C’est là une oeuvre pie” (Fils åîné du deuxième Calife ‘Omar Bin Hattab (Radýallahu anh). Il fut en particulier l’un d’Ashâb-ý kirâm les plus considérés de Muhammad aleihisalâm (décédé en 693 = 73 de l’hégire). Il était agé de 89 ans): c’est une injonction. — “A l’aurore, ils étaient déjà en prière, ils demandaient pardon” (Coran, XVII, 81.): c’est une action de grâces. - “Et ceux qui implorent le pardon d’Allahu ta’âlâ au lever de l’aurore” (Coran, LI, 18.): c’est une invocation. Raçoûlullah a dit: “Allahu ta’âlâ aime trois voix: celle du coq, celle qui récite le Coran et celle qui implore le pardon du Créateur à l’aurore”. Sufyân at-Tawrî (Coran, III, 15.) a dit: “Allahu ta’âlâ fait souffler à l’aube un vent que chargent les appels et les demandes adressées à Allahu ta’âlâ”. Il a dit aussi: “A la tombée de la nuit, un héraut crie au pied du Trône divin: Debout, âbid d’Allah! Ils se lèvent et rendent grâces; puis un autre héraut appelle au milieu de la nuit: Ames pieuses, éveillez-vous! Ils se lèvent et prient jusqu’au point du jour. A l’aube un héraut appelle de nouveau: Vous qui avez à implorer pardon, debout! Ils se lèvent et implorent le pardon d’Allah. Au lever du soleil, un dernier héraut appelle: Hommes légers, debout! Ils se lèvent de leurs lits, tels les morts ressuscités de leurs tombes”.

Mon fils! On raconte que le sage Luqmân (Célèbre savant en religion, mujtahid et walî (Saint Islamique) du 2ème siècle de l’hégire.) parmi les conseils qu’il donna à son fils, place ces paroles: “Mon fils! que le coq ne soit pas plus vigilant que toi lorsqu’il appelle Allah à l’aurore; alors que toi, tu dors”. Et voici ces vers:

“Une colombe a gémi, dans la nuit, sur une branche:

Je dormais... Mon Allah, mon Allah! Mon amour est un menteur:

Sur un véritable amour, elle n’eût pas pris d’avance...

Je suis l’amant aux yeux secs, mais elle verse des pleurs!”

Mon fils, savoir ce que c’est qu’obéir et adorer, voilà la quintessence de la science. Elle exige, sache-le bien, que tu suives le Législateur dans ses ordres comme dans ses défenses, qu’ils s’agisse de paroles ou d’actions. En d’autres termes, tout ce que tu dis, fait et abandonnes, doit être inspiré par l’observance de la Loi. Si, par exemple, tu choisis pour jeûner le jour de la Fête du Sacrifice ou les jours consacrés à sécher au soleil la chair des victimes (Il s’agit des trois jours qui suivent immédiatement la Fête musulmane de Sacrifice. En effet, la viande des bêtes sacrifiées est desséchée pour être gardée et consommée plus tard. — On partage la viande des bêtes sacrificiées en trois parties; on en donne une partie aux pauvres et aussi une partie aux voisins et une partie chez-soi.), tu enfreindras la règle. Ou encore, si tu exécutes la prière, vêtu d’une robe arrachée par force à autrui, tu pècheras, bien que ton acte ait les apparences d’une adoration.

Mon fils! Il te faut donc conformer tes paroles et les actes à la Loi (religion, sharia); car connaître et agir en dehors des règles qu’elle prescrit sont des erreurs. Ne te laisse pas davantage égarer par les excès extravagants du mysticisme: pour suivre cette voie, il faut effort et lutte, il faut suspendre les désirs de nafs, anéantir ses caprices par le glaive de l’exercice et non par de folles et vaines chimères. Sache que la langue débridée et le coeur comblé de désirs futiles sont des signes funestes. Si tu n’humilies pas ton nafs par une lutte sincère contre ses désirs et ses caprices, tu n’illumineras pas ton coeur par la connaissance. Sache aussi qu’il est impossible de répondre par écrit ni verbalement à certaines des questions que tu m’as adressées. Si tu parviens à cet état, tu en connaîtras la nature; sinon, le connaître est impossible parce qu’il appartient au domaine de goût: tout ce qui relève de ce domaine, il est impossible de le décrire par des paroles, comme l’on ne connaît la douceur de ce qui est doux et l’amertume de ce qui est amer que par le goût. Ainsi, on raconte qu’un impuissant écrivit à un ami lui demandant de lui expliquer le plaisir sexuel. Il reçut la réponse suivante: “O un tel, je te croyais impuissant seulement, or je constate maintenant que tu es, à la fois, impuissant et sot; car ce plaisir est du domaine du goût: y arrives-tu? tu en connais la nature, sinon sa description est impossible en paroles ou par écrit”.

Mon fils! Quelques unes de tes questions ressemblent à cette dernière. Quant à celles auxquelles on peut répondre, je les ai mentionnées dans ma Régénération des sciences religieuses et dans d’autres de mes livres. J’en cite ici une partie tout en y renvoyant. Je dis: “L’homme qui suit la voie de la vérité a quatre obligations à observer:

C’est d’abord une foi très vive, sans trace d’hérésie.

C’est ensuite un repentir sincère après lequel tu ne reviennes plus au péché.

En outre, c’est un effort pour contenter tes rivaux afin que personne ne puisse te réclamer une réparation quelconque.

Enfin, c’est l’étude des sciences religieuses conformément aux ordres d’Allah; puis, celle des autres sciences qui aident au salut de l’âme.

On raconte qu’aþ-Þiblî (Jurisconsulte (savant de fýqh) célèbre. Il naquit en 861, et mourut en 945. Il eut ausi un penchant pour le tasawwuf (soufisme). Il était un grand walî (Saint).) dit: “J’ai suivi quatre cents maîtres et j’ai lu quatre milles hadiths. Puis j’en ai choisi une seule que j’ai mis en pratique à l’exclusion de toute autre, parce que je l’ai médité, et j’y ai trouvé ma délivrance et mon salut. J’y ai trouvé aussi la science entière des Anciens et des Modernes. Je m’en suis contenté. Voici cet hadîth: “Raçoûlullah dit un jour à l’un de ses Compagnons: “travaille pour la vie d’ici-bas dans la mesure où tu résideras sur la terre; travaille pour la vie future dans la mesure où tu dois y demeurer; travaille pour son Seigneur autant que tu as besoin de Lui et travaille pour le feu de l’Enfer autant que tu pourrais en supporter l’ardeur”.

Mon fils! Si tu connais cet hadith, tu n’auras pas besoin de beaucoup de science. Médite aussi cette autre histoire: Hâtim al-Aþamm(Maître de Hatim al-Atamm décédé en 790.) était du nombre des amis de Þaqîq al-Balhî (Grand awliya, soufiste, né à Balh, où il mourut en 852. On dit qu’il feignit d’être sourd; d’où son sobriquet.). Un jour celui-ci lui demanda: “Tu me suis depuis trente années déjà; quels avantages en as-tu retirés?” Hâtim répondit: “J’en ai retiré huit qui me suffisent, parce que j’espère obtenir par là ma délivrance et mon salut”. Saqîq demanda alors quels étaient ces avantages? Hâtim répondit:

1) J’ai observé les créatures et j’ai vu que chacune d’elles avait un être qu’elle aimait et chérissait. Il est de ces êtres aimés qui accompagnent la personne qui les aime jusqu’à la maladie grave; d’autres qui l’accompagnent jusqu’au bord du tombeau puis se retirent en la laissant toute seule; mais aucun n’entre avec elle dans la tombe. Cela m’a donné à réfléchir et je me suis dit: “le meilleur ami de l’homme serait celui qui le servirait jusque dans la tombe pour lui tenir compagnie”. Un tel ami, seules les bonnes oeuvres m’en ont tenu lieu. Je les ai alors aimées afin qu’elles me soient un flambeau dans ma tombe, qu’elles m’y tiennent compagnie et ne m’y laissent pas seul.

2) J’ai constaté, en second lieu, que les gens suivent leurs caprices et se hâtent de satisfaire aux désirs de leurs nafs. J’ai alors médité la parole d’Allahu ta’âlâ: “En revanche, ceux qui auront respecté leur Seigneur et vaincu leurs passions, auront le paradis pour séjour” (Coran, LXXIX, 40-41.). J’ai été sûr alors que le Coran est la pure vérité. Je me suis mis à combattre les tendances de mon nafs et me suis apprêté à leur faire la guerre et à barrer la route à ses caprices jusqu’à ce qu’elle devienne docile et s’habitue à se soumettre à Allah.

3) J’ai vu tous les êtres humains courir après les biens du monde, les tenir et les garder âprement; j’ai alors médité la parole d’Allahu ta’âlâ: “Vos biens sont périssables, les biens d’Allah sont éternels” (Coran, XVI, 98.). Ce que je possédais, je l’ai alors dépensé pour l’amour d’Allahu ta’âlâ et l’ai distribué aux pauvres afin qu’il me soit un trésor auprès d’Allahu ta’âlâ.

4) J’ai vu certaines personnes croire que l’honneur et la puissance résidaient dans le nombre des clientèles et des partisans; je les ai vues s’en vanter. D’autres prétendaient qu’ils résidaient plutôt dans les biens et le grand nombre des enfants; elles en étaient fières. D’autres ont cru que la puissance et l’honneur consistaient à enlever de force les biens de leurs semblables, à les traiter injustement et à verser leur sang. Un groupe, enfin, a cru que cette puissance résidait dans la dépense des biens, dans leur dissipation et dans la prodigalité avec laquelle on en usait; j’ai alors médité la parole d’Allahu ta’âlâ: “Le plus méritant auprès d’Allahu ta’âlâ est celui qui le craint le plus”(Coran, XLIX, 13.). J’ai donc opté pour cette crainte d’Allahu ta’âlâ et j’ai fermement cru que le Coran est la pure vérité et que les conjectures de ce groupe et ses considérations sont vaines et éphémères.

5) J’ai vu les gens se dénigrer ou se calomnier; j’en ai trouvé la cause dans la jalousie suscitée par les biens, le prestige et la science. J’ai donc médité la parole d’Allahu ta’âlâ: “C’est nous qui leur avons réparti la nourriture en ce monde” (Coran, XLIII, 31.). J’ai alors appris que la distribution, à l’origine, a été faite par Allahu ta’âlâ; je n’ai plus jalousé personne et je me suis contenté de la répartition des biens telle qu’elle avait été faite par Allahu ta’âlâ.

6) J’ai vu les gens se déclarer ennemis pour toute sorte de fins et de motifs; j’ai alors médité la parole d’Allahu ta’âlâ: “Satan est votre ennemi. Considére-comme tel” (Coran, XXXV, 6.). J’ai donc appris qu’il n’était pas permis d’avoir d’autre ennemi que Satan.

7) J’ai vu tous les hommes travailler avec tant d’ardeur et prodiguer tant d’efforts en vue d’obtenir leur nourriture et leur subsistance qu’ils devenaient souvent l’objet de soupçons et d’accusations, qu’ils se dégradaient et se déshonoraient. J’ai donc médité la parole d’Allahu ta’âlâ: “Il n’est point d’être vivant sur terre qui ne s’en remette à Allahu ta’âlâ de le nourrir” (Coran, XI, 8.). J’ai alors compris que ma subsistance dépend d’Allahu ta’âlâ et qu’IL me la garantit. Je me suis mis à l’adorer et j’ai cessé de convoiter autre chose.

8) J’ai vu tous les êtres humains se fier à la créature; à l’argent, aux biens et à la propriété, au métier et à l’industrie, enfin à un autre être humain. J’ai alors médité la parole d’Allahu ta’âlâ: “Allah suffit à qui s’y fie. Il réalise toujours ses desseins. Il les réalise à son heure” (coran, LXV, 3.). J’ai donc pleine confiance en Allahu ta’âlâ qui me suffit et qui est le meilleur des protecteurs.

Saqîq dit: “Qu’Allah t’assiste, ô Hâtim, j’ai examiné la Thora, les Psaumes, l’Evangile et le Furkan (Autre nom du Coran; il distingue le vrai du faux.) et j’ai constaté que les quatre livres ont pour objet ces huit avantages. Celui donc qui les met en pratique mettra en pratique, par le fait même, les préceptes de ces quatre livres”.

Mon fils! Tu as appris par ces deux récits que tu n’as pas besoin de pousser trop loin ta science; et maintenant voici ce que doit faire celui qui suit la voie de la vérité.

Sache qu’à celui qui suit la voie d’Allahu ta’âlâ, il faut un maître pour guide et éducateur, qui, par sa bonne éducation, corrigera les mauvais penchants et leur substituera de bonnes habitudes. L’éducation ressemble, en effet, au travail du laboureur qui déracine les épines, sarcle le blé afin qu’il pousse mieux et donne une abondante moisson. Tout homme donc qui désire suivre la vraie voie ne peut se passer d’un maître pour l’éduquer et le guider dans la voie d’Allahu ta’âlâ. Allahu ta’âlâ a, en effet, envoyé un Apôtre pour guider les créatures Vers Lui. Cet Apôtre laisse après sa mort des successeurs pour servir de guides dans la voie d’Allah. Le Maître capable de remplacer le Prophète doit être savant. Cela ne veut pas dire que tout savant peut être un successeur du Prophète! Je vais d’ailleurs t’indiquer les principaux signes distinctifs qui le caractérisent, afin que tout savant ne prétende pas à la qualité de guide. Je pense qu’il y faut un homme qui s’éloigne du monde et de ses honneurs; il doit aussi avoir fréquenté assidûment un homme perspicace qui, par d’autres intermédiaires, remonte au Seigneur des prophètes. Il doit, également, pouvoir s’habituer à manger peu, à dormir peu et à parler peu. Il doit, en outre, prier beaucoup, jeûner de même et faire fréquemment l’aumône. Il doit aussi, grâce à la fréquentation de son propre Maître perspicace, marcher dans la voie des vertus morales comme la patience, la prière, la reconnaissance, la certitude, la quiétude, la longanimité, l’humilité, la science, la sincérité, la pudeur, la fidélité à ses promesses, le sérieux, le calme, la réflexion et autres vertus semblables. Il est donc une des lumières qui peuvent être prises pour modèle, lumière du Prophète; mais on le rencontre rarement, bien plus rarement qu’on ne rencontre le soufre rouge! Et celui qui a le bonheur de trouver un tel Maître et d’être agréé par lui, doit le respecter extérieurement et intérieurement. Le res